La croisée des destins
Chapitre 18 : La vallée
“- Et il est loin d’ici, le troupeau ? me demanda Léa.
- Avec un peu de
chance, ils sont au premier plateau !” lui répondit Charles.
Tous les trois, le lendemain du marquage, et ayant prévenu mon oncle de nos intentions (aller voir Illusion), nous étions partis vers six heures du matin avec l’intention de passer la journée avec le troupeau. On avait même prévu un pique-nique. Juchée sur Casiopée et Léa sur Boréale, nous prîmes le chemin des montagnes, derrière Charles sur Démon. Me rappelant de l’épisode du lynx, j’avais pris quelques produits dans la pharmacie de l’écurie, afin de m’occuper des blessures d’Illusion, en espérant qu’il me laisserait faire.
“- Et sinon ? insista Léa.
- On devra aller
jusqu’à la vallée, à deux heures de route d’ici !
- Bah, c’est pas
grave ! On a toute la journée, après tout ! remarquai-je.
- Ouais ! Et
puis, il ne risque pas de pleuvoir !” approuva Charles.
Quand nous arrivâmes au plateau, je découvris, avec une
pointe de déception, que le troupeau n’était pas là.
“Bon, on prend le chemin de la vallée !” décida Charles,
en se dirigeant résolument vers le sentier accidenté qui s’ouvrait sur la
droite du plateau.
Nous le suivîmes en silence.
“- Elle se trouve où cette vallée ? demandai-je, enfin, à
Charles.
- En fait, c’est
pas vraiment une vallée ! admit Charles. Plutôt une “cuve” dans les rochers.
Illusion se trouve souvent dans le coin, mais il n’y a pas d’eau là-bas, ce qui
oblige Illusion à amener son troupeau au plateau, pour boire. Mais, le plateau
est trop exposé aux vents et aux regards, pour qu’il puisse y laisser son
troupeau tout le temps, surtout en hiver.
- Ok ! Et c’est
encore loin ?
- Non, on y
arrive !”
A ce moment-là, nous arrivâmes, au dessus d’une vaste
“cuve”, où poussait une végétation clairsemée. Mais pas de chevaux à l’horizon.
“- Flûte ! grommela Charles. Ils sont pas là !
- Mais où
peuvent-ils bien être, alors ? demandai-je.
- J’en sais rien
! Il n’y a qu’un chemin qui relit la “vallée” au plateau. On aurait pas pu les
rater.
- On rentre alors
? se renseigna Léa, déçue.
- Oui ! Allons-y
! approuva Charles. On a rien de mieux à faire !
- Attendez !
ordonnai-je, alors qu’ils faisaient demi-tour. On peut pas attendre un peu ici
?
- Si tu y tiens !
céda Charles, sceptique. Mais il y a peu de chance qu’on les trouve,
aujourd’hui.
- Je suis sûre du
contraire !” assurai-je, prise d’une soudaine inspiration, ayant la certitude
que l’étalon viendrait.
Nous attendîmes ainsi une heure, sur cette “falaise”
abrupte, balayée par le vent, qui dominait la cuve, mais en vain.
“Bon, tu vois, il n’y a pas âme qui vive ! grommela
Charles. On ferait bien d’y aller. Il fait pas chaud ici ! Et les chevaux
doivent penser la même chose. De plus, ils n’ont rien à grignoter ici !”
En effet, les chevaux, que nous tenions par les rênes,
cherchaient vainement quelque chose à manger.
“Attends !” le suppliai-je, alors qu’il s’apprêtai à se
remettre en selle.
Il s’immobilisa.
“- Pourquoi ? s’étonna-t-il, tu vois bien qu’il n’y a
rien, ici !
- Il a raison
Cécilia, on ferai bien de rentrer !
- Non, il a tort
justement ! Et taisez-vous, un instant, s’il vous plaît !”
J’avais remarqué quelque chose, qui avait échappé,
apparemment, aux deux autres, et qui me prouvait qu’Illusion était dans les
environs. Casiopée, Démon et Boréale, avaient tous les trois levé la tête, les
oreilles pointées, les naseaux dilatés, tous dans la même direction. Je
sifflais deux coups brefs. Un hennissement suraigu, teinté d’une note amicale,
y répondit presque aussitôt.
Charles et Léa échangèrent un regard surpris. Deux
minutes plus tard, un bruit de sabot résonna sur le sol et Illusion surgit, de
derrière une espèce de butte, au grand trot, les oreilles pointées en avant,
les yeux brillants. Il hennit gaiement en m’apercevant.
Léa s’apprêtait à dire quelque chose mais Charles lui fit
signe de se taire, alors que je m’approchais de l’étalon, qui s’arrêta à
quelques pas de moi, le corps frémissant, la tête haute. Les marques rougeâtres
étaient encore bien visibles sur son encolure. Je tendis la main et caressais
la tête noire et intelligente du cheval, qui se tenait à présent, immobile,
dans la clarté du matin.
“Salut mon bonhomme ! murmurai-je. Alors, tu te cachais,
mon gros ?”
L’étalon s’ébroua, comme pour approuver. Il me fixait du regard
mais ses oreilles restaient pointées vers Charles, Léa et nos trois montures,
qui se tenaient à l’écart.
“Ils ne te feront aucun mal, Illusion. Se sont des amis !
lançai-je, pour le rassurer. Charles, tu peux m’apporter la trousse de
pharmacie, s’il te plait ?” ajoutai-je, à l’adresse de mon cousin.
J’entendis le bruit d’une fermeture qu’on ouvrait,
confirmant que mon cousin faisait ce que je lui demandait. Illusion recula, en
encensant, quand Charles s’approcha de moi, pour me donner ce que je lui avait
demandé, avant de reculer précipitamment.
“Chut ! Calme-toi, mon bonhomme !” murmurai-je, en lui
tendant une carotte que j’avais pris dans ma poche.
L’étalon se rapprocha de moi, et prit la carotte, tandis
que je le caressais. J’attendis qu’il se soit calmé, avant d’ouvrir la trousse
et d’en sortir un flacon de désinfectant et un morceau de gaze. Illusion
surveillait, avec curiosité, mes moindre geste.
“Bon, ça risque de te piquer un peu ! avertis-je, tenant
le morceau de gaze mouillé de désinfectant, et en le présentant au cheval.
Mais, comme tu es un grand garçon, tu devrais supporter ça… ! C’est moins
douloureux qu’une griffure de lynx, non ?” disant cela, tandis que je posais ma
main gauche sur sa tête, je posais, de la main droite, la gaze sur les plaies.
L’étalon frémit à se contact, mais ne chercha pas à se
dégager.
“Bien, bonhomme ! C’est très bien ! murmurai-je, en lui
caressant la tête, tandis que je tamponnai les marques qui barraient son
encolure. C’est pour éviter une infection !” précisai-je au cheval, même s’il y
avait peu de chance qu’il me comprenne.
Peu après, je rangeai le désinfectant et la gaze dans la
trousse, et tendis une autre carotte à Illusion.
Au bout d’un moment, il hennit doucement, et repartit
vers l’endroit d’où il était venu.
“Tu pars déjà, Illusion ?” m’étonnai-je.
L’étalon s’arrêta alors, me regarda et hennit doucement.
“- Qu’est-ce que...? intervint Charles.
- Je crois qu’il
veut qu’on le suive ! observai-je.
- Ca ne fait pas de
doute ! approuva Léa en souriant, dans un murmure.
- Ok ! On te suit
Illusion !” décidai-je, en me hissant sur le dos de Casiopée, que je montais à
cru, avec son filet.
Me mettant en tête de mes amis, je rejoignit Illusion,
qui, après avoir jeté un regard méfiant à Léa et Charles, et surtout à Démon
(qui était un étalon après tout), se mit en route. Il nous mena de l’autre côté
de la butte, le long d’un sentier accidenté qui descendait, en serpentant, le
long de la falaise, jusqu’à la cuve. Plein d’assurance, il avançait rapidement
malgré les pierres qui roulaient sous ses sabots. Il ralentit cependant, en se
rendant compte qu’on ne suivait pas son rythme. Casiopée avançait
progressivement, le long du sentier, avançant lentement, sur le chemin glissant
et plein de creux, que nous empruntions. Finalement, nous arrivâmes, entiers,
dans la petite cuve. Là, Illusion, laissa échapper un bref hennissement, et,
prenant le trot, il s’engagea, dans un petit défilé sur la droite, défilé qui
n’était pas visible du haut de la cuve, et que je n’aurai pas aperçu, s’il ne
me l’avais pas montré. Je mis Casiopée au trot, et imitée par Charles et Léa,
je restais dans le sillage d’Illusion. Ce dernier avait une allure souple et
rapide et il nous aurait rapidement distancé si, nous voyant à la traîne, il
n’avait pas fait demi-tour, avant de calmer l’allure. Il nous entraîna dans le
petit défilé, jusqu’à une sorte de cul de sac. Une haute falaise s’étendait
devant nous.
“- Où est-ce qu’il nous emmène, là ? s’inquiéta Charles.
- Chut !”
L’étalon noir, disparut soudainement dans l’ombre de la
falaise.
“- Mais, où est-il donc passé ? s’étonna Léa.
- Je sais pas !
Peut-ê...!”
Je m’interrompis, en apercevant la tête noire de l’étalon
surgir de la falaise. Il lança un hennissement autoritaire, et s’enfonça, dans
une sorte de grotte, basse de plafond, cachée dans l’ombre de la falaise, entre
des gros rochers.
“D’accord...!” soupira Charles, alors que, sans
hésitation, je poussais ma jument vers l’ouverture, imitée par mes deux
camarades.
Casiopée hésita un instant puis s’engagea sous la voûte
rocheuse. Nous étions obligés de nous coucher sur l’encolure de nos montures.
Nous nous retrouvâmes tous les trois plongés dans la quasi obscurité. je me
laissais guidée par le bruit des sabots de l’étalon, qui claquaient sur le sol
pierreux, devant moi. J’aperçut alors une faible lueur, à l’autre extrémité du
tunnel. Après cinq minutes d’angoisse (nos chevaux étaient terrorisés par cette
obscurité quasi-totale, où ils ne savaient pas où ils posaient les pieds, et
trébuchaient sans cesse, menaçant de nous faire tomber à tout moment, nous
sortîmes du tunnel et débouchâmes sur une vaste corniche.
“Whaou !” m’exclamai-je, devant le spectacle qui
s’offrait à mes yeux, en dessous de moi.
Une large vallée, encaissée entre les falaises, s’offrait
à nos yeux, protégée par un vaste dôme rocheux, percé d’une étroite ouverture
en son sommet. A l’intérieur du cadre protégé des falaises, la flore s’y était
développée. Une vaste étendue d’herbe haute et luxuriante parsemée de bouquets
de fleurs aux couleurs vives et surplombée de quelques arbres immenses occupait
une grande partie de cette vallée presque sphérique. En face de nous, le long
de la falaise opposée, dégringolait une impressionnante chute d’eau qui
alimentait, en contrebas, dans une grande gerbe d’écume blanche, un grand lac
d’eau claire. Les rayons obliques du soleil matinal, qui pénétrait par
l’étroite fente dans la roche, éclairaient la vallée d’une lueur tamisée. Le
calme n’était rompu que par le doux pépiement des oiseaux nichés dans les
arbres, les pas feutrés d’animaux se faufilant dans les hautes herbes et le
grondement incessant de la chute d’eau. Et, en dessous de la corniche, une
cinquantaine de bêtes paissaient dans l’herbe haute de ce lieux protégé. La
diversité des robes et des races des juments et des poulains réunis dans ce
lieu secret, me stupéfiait. Illusion lança un hennissement strident, qui se
répercuta contre les parois de pierres de la vallée. Toutes les bêtes qui
paissaient en contrebas, relevèrent la tête et fixèrent leur chef et ses drôles
d’accompagnateurs. La plupart avait le profil des mustangs, mais d’autres
paraissaient plus racées.
“- Impressionnant ! commenta Léa, juste à côté de moi.
- Plus que ça,
c’est superbe ! On dirait presque le paradis, du moins pour les chevaux !
précisai-je.
- Alors, c’était
bien une vallée qui servait de refuge aux chevaux...! Quand je dirai ça à...!
- Non, Charles !
On ne dira rien du tout à personne. Ca sera notre secret, à nous trois !
rétorquai-je.
- D’accord ! En
tout cas, c’est vraiment bien cachée, cette vallée ! Personne, sans savoir
qu’elle est là, ne pourrait y accéder ! Bon, comment on fais pour descendre ?
- Suivons
Illusion !” suggérai-je.
En effet, l’étalon, après avoir jeté un bref regard au
troupeau, me fixa d’un regard brillant de satisfaction, et s’engagea sur un
sentier, qui serpentait en pente douce jusqu’à la vallée. Nous le suivîmes avec
nos montures... Arrivé dans l’herbage, il prit le trot, et rejoignit le
troupeau, dont les bêtes s’étaient remises à brouter.
“On ferait mieux de se tenir à l’écart pour l’instant !”
observai-je.
En effet, on ne savait pas comment les autres bêtes
réagiraient. Nous nous arrêtâmes donc, tous les trois, et observâmes le
troupeau. Illusion, devant l’indifférence de ses sujets, lança un hennissement
autoritaire, alors qu’il s’était arrêté sur une petite butte, de laquelle il
dominait ses juments, tout en nous gardant à l’œil. On aurait dit qu’il leurs
expliquait la situation. Il s’ébrouait, encensait, piaffait, et hennissait
rageusement. Je remarquai qu’Illusion fixait plus particulièrement une vieille
jument baie qui ponctuait “le discours” de leur chef de ronflement méprisants.
Je supposais qu’il s’agissait de la jument de tête, la jument chargée de
seconder l’étalon, dans la direction de la harde.
“- J’ai l’impression que ça se passe mal, pour nous !
marmonnai-je, en voyant l’étincelle de colère qui passa dans les yeux
d’Illusion.
- Pourquoi ?
s’étonna Léa. Ne me dis pas que tu comprend ce qui se passe ?
- Non ! Mais
j’interprète ce que je vois ! Connaissant Éclipse depuis toujours, je connais
toute la palette d’attitude et de comportement des étalons, quand ils dirigent.
Et...la flamme de colère que j’ai vu passer dans les yeux d’Illusion veut dire
que tout ne se passe pas comme il le souhaite. La jument de tête, la vieille
baie qui est tout à droite, n’a pas l’air d’approuver ce qu’il dit !
- Ah ! D’accord
!”
Illusion, à présent, grattait le sol du sabot, rageur.
Finalement, il quitta sa butte, d’un pas nerveux, et se mit à trotter autour de
ses sujets, un trot souple et altier, l’encolure arquée comme celle d’un cygne,
son épaisse crinière noire retombant gracieusement sur son encolure, les
oreilles en avant, les yeux étincelants de colère. Il passa soudain au petit
galop puis allongea progressivement ses foulées. Les juments l’observaient d’un
oeil inquiet. Le galop de l’étalon avait un écho rageur, et se répercutait,
comme un bruit de tonnerre, sur les parois de terre. Soudain, semblant prendre
sa décision, il dévia soudain de sa trajectoire et, lancé au grand galop, se
rua vers nous. Charles et Léa, inquiets, voulurent faire demi-tour, tandis que
j’avançais de quelques pas, me mettant devant mon cousin et mon amie. Je fixais
Illusion qui, sans ralentir, fonçait droit vers nous. A moins de deux mètres de
nous, il pilla soudain, et s’arrêta des quatre fers. Il se détourna de nous et
refit face au troupeau, défiant ses sujets du regard, les défiants de s’opposer
à ses ordres. Il lança alors un hennissement suraigu, relevant brutalement sa
tête noire. Casiopée, Démon et Boréale, frémirent. La jument baie, jetant un
regard à son chef, puis à notre petite troupe, laissa échapper un ronflement
dédaigneux et choisit de laisser tomber. Il semblait bien que, quand Illusion
voulait quelques chose, il l’avait. Les juments se remirent à brouter,
indifférentes. Illusion hennit joyeusement et nous “demanda” de le suivre.
L’étalon nous mena jusqu’à la cascade, où nous mîmes pied à terre.
Installés tous les trois dans l’herbe, près de nos
chevaux, que nous avions montés à crû, nous étudions les juments du troupeau,
et les poulains. J’observai un échantillon de toutes les robes, parmi le
troupeau, passant du gris au blanc, de l’isabelle (robe beige) au louvet, de
l’alezan clair à l’alezan brûlé, les chevaux pies (robe blanche et taches d’une
autre couleur), du café au lait au bai, voire bai brun, mais aucune des bêtes
n’était aussi noir que leur chef. Je fus un peu surprise en découvrant quelques
juments anglo-arabes dans le lot. Toutes les cinq étaient magnifiquement
racées, elles devaient faire parties de ces juments “volées” dans les ranchs.
“- Dis-moi, Charles. Qui élève des Anglo-arabes, parmi vos
voisins ? me renseignai-je.
- Autant que je
sache, il n’y a que “Cœur-de-Plomb” et encore, c’était il y a quelques années !
Pourquoi ? me répondit-il, allongé dans l’herbe, les bras derrière la tête.
- Oh, comme ça !”
Je reportais mon attention sur Illusion. Celui-ci,
broutait à moins d’un mètre de nous. Ses yeux sombres avaient repris leur éclat
confiant. Je souris et l’appelai. L’animal releva la tête, et il s’approcha
tranquillement de moi, me laissant le caresser.
“Merci, bonhomme, de nous faire confiance ! Je te jure
qu’on ne dira rien à personne ! Cette vallée restera votre refuge.” murmurai-je
au cheval, qui piaffa.
Je lui donnais ensuite une carotte. Il laissa échapper un
ronflement de contentement, et repartit au petit trot vers son troupeau. Je
l’observais un moment.
“- Alors, comment tu le trouves, Illusion ? demandai-je,
au bout d’un moment, à l’adresse de Léa, qui fixait l’étalon, depuis un petit
moment.
- Ben, je
comprend mieux pourquoi tout le monde réagissait de cette façon en voyant
Éclipse ! répondit-elle, hésitante. C’est tout à fait Illusion, en plus jeune !
- Qu’est-ce que
tu pense vraiment de lui, Léa ? insistai-je, devant son ton hésitant.
- Eh ben...c’est
un magnifique cheval, c’est vrai, et qui t’aime beaucoup...mais...!
- Viens en aux
faits ! l’interrompis-je, d’un ton brusque.
- Ben...il
ressemble peut-être à Éclipse, mais il ne sera jamais Éclipse ! lâcha-t-elle
finalement.
- Je le sais bien
ça ! rétorquai-je.
- Je sais ! Mais,
ce que je veux dire, c’est que tu ne pourra jamais faire, avec lui, ce que tu
fais avec son demi-frère ! Tu ne pourrai pas le monter...!
- Qui te dit que
je veux le monter ?
- Cécilia ! Tu es
ma meilleure amie depuis des années ! Je te connais par cœur ! Et puis, toi-même,
tu as avouée que tu espérait le monter à l’épreuve de fond.
- Oui, t’as pas
tort !
- Et...même si tu
y arrivais, je ne sais pas si ça serait une très bonne chose !
- Pourquoi ?
- Regarde-le,
Cécilia ! Il a des responsabilités, ici !
- Ben oui, et
alors ? répliquai-je, sans voir où elle voulait en venir.
- Je veux dire,
si tu parviens à gagner, entièrement, sa confiance, et son amitié, qu’est-ce
qui se passera quand tu devras repartir en Normandie. Tu ne pourras pas
l’amener avec toi, là-bas et, si tu le laisse ici, il risquerait de croire que
tu l’abandonnes à nouveau !
- C’est donc ça !
Léa, toi qui prétend bien me connaître...tu devrais savoir que je n’avais, en
aucune façon, l’intention de le ramener avec nous ! J’ai déjà Éclipse et ça me
suffit bien ! Et puis, sa vie, c’est son troupeau et il est trop sauvage pour
que je l’y emmène ! Mais, tu sais, rien ne m’empêche de revenir ici, l’année
prochaine !
- Sur ce point,
elle a pas tort ! observa Charles.
- Oh, te mêle pas
à notre discussion, tu veux ! grommelai-je. Ca me dérange pas que tu approuve
mon idée, mais t’as pas à écouter ce qu’on dit !
- Ca va ! J’dis
plus rien, j’entend rien, j’vois rien !” rétorqua mon cousin, en se replongeant
dans ses pensées.
Le reste de la matinée, et le début de l’après-midi
s’écoula ainsi, dans le cadre protégé de la vallée.
“- On devrais y aller ! observa Charles au bout d’un
moment. On en a bien pour plus de deux heures de route. Et p’pa va s’inquiéter
si on est pas rentrés pour six heures !
- Oui, tu as
raison ! approuvai-je, en me levant. Casiopée ! Viens, ma belle !” appelai-je.
La jument vint aussitôt vers moi, au petit trot, suivie
par Démon et Boréale.
“- Franchement, ta jument a un dressage parfait, Cécilia !
me complimenta Charles, en grimpant sur le dos de Démon. Tu l’as bien dressée !
- Hum ! Elle est
très intelligente ! Mais je crois pas que j’arriverai à ce niveau-là avec
Éclipse ! Il est trop vif et farouche pour faire tout ce que j’ai appris à
Casio !” observai-je, en me hissant sur le dos de ma jument.
Illusion, nous apercevant, vint vers nous au petit trot.
“On doit y aller, bonhomme ! lançai-je, au cheval, en
effleurant sa tête au passage. Je reviendrais, je te le promet !”
Sur ce, je mis Casiopée au trot, en direction du petit
sentier menant à la corniche. Je venais d’y engager ma jument, lorsque
j’aperçus Illusion me rejoindre au galop, et passer devant moi, comme s’il
voulait nous guider.
“- Eh, t’as vu, c’est à croire qu’il a peur qu’on se
perde ! marmonna Charles.
- On dirait qu’il
veut nous guider !” confirmai-je.
En effet, l’étalon, s’étant remis au pas, monta sur la
corniche, après nous avoir accordé un hennissement insistant, puis s’engagea
dans le tunnel. Je le suivit aussitôt, imitée par Charles et Léa.
L’étalon nous raccompagna jusqu’en haut de la falaise qui
dominait la cuve. Là, il se cabra à demi, comme pour nous saluer, et repartit
au petit trot, comme il était venu.
“- Il est vraiment spécial ! observa Charles, alors qu’on
se remettait en route vers le ranch de mon oncle.
- Ouais ! En tout
cas, ça m’étonne qu’il ait laissé Cécilia le soigner, aussi facilement !
commenta Léa.
- Je ne
m’attendais pas à ce qu’il se laisse faire comme ça ! reconnus-je. Mais, tant
mieux après tout !
- Oui ! En tout
cas, le lynx ne l’avait pas raté !
- En effet ! Eh,
vous promettez que la vallée restera notre secret ? insistai-je.
- On te le promet
! De toute façon, si ça venait à le savoir, le troupeau ne ferait pas long feu !
expliqua Charles. Dans la vallée, il serait pris au piège. Le troupeau
“appartient” à mon père, tant qu’il reste dans les limites de nos terres, c’est
à dire jusqu’à la cuve. Au delà, c’est à l’état. Donc, si certaines de nos
connaissances venaient à avoir vent de ça, je peux te dire, qu’ils en
profiteraient pour capturer les bêtes (et Illusion ne pourrait rien contre eux)
et les vendre, pour un bon prix !
- Rassurant ! Et
tes...”connaissances”, ça serait pas un certain “Cœur-de-Plomb” ? rétorquai-je.
- Notamment !
répondit Charles. Les propriétaires des ranchs voisins commencent à en avoir
assez des visites d’Illusion. En plus, chaque fois, il leur vole des juments !
- Je vois ! Bon,
si on activait le mouvement là ? suggéra Léa. C’est pas tout ça, mais j’ai hâte
de rentrer, moi !
- Hum ! Allez, au trot !” décida Charles.
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